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Nombreux ignorent ce qu’est exactement une mule !

Dolorès une mule en actionAlors que la mode de l’âne bat son plein, on commence à voir poindre celle de la mule. La présence répétée, au Salon du Cheval du si joli « Zhorse » américain, croisement d’un zèbre avec une jument Quater Horse n’est vraisemblablement pas étrangère à ce nouvel intérêt.

Nombreux ignorent ce qu’est exactement une mule, voire un hybride.

Une hybridation est le croisement entre deux espèces d'un même genre ou entre deux espèces d'un genre différent par exemple, dans la famille des équidés, le genre Equus avec le genre Asinus), ce qui n’est pas évident surtout dans le monde animal. Une hybridation est rarement naturelle et spontanée. La plupart du temps, elle est le résultat d’une intervention humaine, volontaire ou involontaire.

Pour le cas du genre Equus avec le genre Asinus, deux croisements ou deux hybridations sont possibles. Quand le mâle est un âne et la femelle une jument, le produit de sexe femelle est appelé une mule et le produit de sexe mâle, un mulet. L’inverse, c’est à dire le mâle cheval et la femelle âne (une ânesse) donne un bardot ou bardeau pour un produit de sexe mâle et une bardote ou bardine, pour un produit de sexe femelle.

On rencontre plus de mulets que de bardots pour plusieurs raisons. D’une part, une ânesse saillie par un cheval, qui est a priori plus petite que lui, risque des problèmes à la mise bas pouvant entraîner la mort du produit (au moins). De plus, le cheval est généralement moins « chaud » qu’un âne et arrive moins bien à saillir une ânesse, qu’un âne ne saillit une jument, ce qui déjà n’est pas si simple. D’autre part, mulet et bardot sont des hybrides aux qualités physiques et mentales bien différentes. En schématisant, on peut dire que le mulet a les qualités de ses parents alors que le bardot en a les défauts. Bien sûr, ce raccourci est trop rapide pour être juste, mais donne quand même une idée de la réalité qui n’est pas complètement fausse.

En effet et en général, un mulet gagne en taille par rapport à l’âne et même par rapport à sa mère jument et donc gagne en force, tout en gardant le dos droit et solide de l’âne, son tempérament prudent et sa frugalité. Au contraire, le bardot ressemble plus à un petit cheval à grandes oreilles, avec le dos souple du cheval et un tempérament parfois vif. Ces différences ont amplement suffit pour que l’homme s’organise, depuis la nuit des temps, à produire plutôt des mulets que des bardots.

Les qualités physiques du mulet dépendent directement de celles de ses parents, en particulier de la taille du père âne et le côté selle ou lourd de la mère jument. Le producteur mulassier est d’autant plus certain des qualités du « muleton » produit que ses parents sont de souche connue, c’est à dire de race « pure ».

Les mules Joconde de Bafave et DolorèsCar il est un détail d’importance concernant ces hybrides, c’est qu’ils ne peuvent pas se reproduire. Ils ont un instinct sexuel normal et même bien actif, qui oblige à la castration systématique des mulets, mais la saillie d’une mule par un mulet ne féconde pas ou avorte très rapidement. Il arrive que la Mule et Bardote soient parfois fécondes mais le Mulet et bardot restent stériles. On constate cependant un taux minime de reproduction, lorsqu’une mule est fécondée par un âne ou par un cheval et que la gestation arrive à terme. Le produit résultant se trouve être complètement de la race du géniteur, quasi sans trace de la mère. Un « muleton » est donc toujours le fruit d’un âne et d’une jument.

Il existe différents types d’ânes et de chevaux, et en conséquence une grande variété potentielle de mules et de mulets. En réalité, la production mulassière organisée a pratiquement disparu de nos jours et les mules et mulets (bardotes et bardots) que nous rencontrons sont souvent le résultat « d’accidents de pacage », quand par exemple un âne entier est pratiquement abandonné dans un pré en compagnie d’une ponette (ou l’inverse). Ces mulets et bardots de petite taille finissent régulièrement bradés sur un champ de foire car leur propriétaire, ne s’en occupant guère plus que de ses parents, est vite désorienté par le comportement de cet hybride, âne un peu trop vif et poney oreillard à la queue plumée, précédé en outre d’une mauvaise réputation qui ne flatte pas le snobisme du propriétaire.

Au contraire et heureusement, il reste quelques passionnés amoureux de cet hybride génial qui s’évertuent à « redorer son blason », en organisant sa production de manière raisonnée pour des utilisations mettant en valeur les qualités de cet animal mi-âne mi-cheval.

La France a été un très grand producteur de mulets, à l’époque où il n’y avait ni tracteur, ni char d’assaut, ni autoroutes, en particulier grâce à la présence de races d’ânes de grande taille comme le Poitou ou le Catalan. C’est entre autres raisons, que grâce à ces grands mulets « increvables » que la France a pu avoir une politique colonialiste efficace…

De nos jours, la production mulassière s’oriente, un peu comme cela se fait depuis longtemps aux USA, vers le mulet de selle (qui excelle en endurance équestre) d’une part et d’autre part vers le mulet lourd, très adroit et efficace dans des travaux agricoles comme par exemple le débardage. Ces deux directions ciblées n’empêchent pas, bien au contraire, l’utilisation du mulet dans des conditions plus quotidiennes de randonnée, sellé ou bâté, en attelage de loisir ou agricole.

Les mules Joconde de Bafave et DolorèsDans toutes ces activités, le mulet fait montre de superbes qualités. Force et courage s’allient à prudence et adresse en permettant des travaux délicats dans des conditions plus sûr qu’avec un cheval et des travaux plus pénibles qu’avec un âne. Frugal, il consomme peu au point de vue nourriture et boisson. Il récupère aussi la corne solide du pied de l’âne. Le mulet est attentif et disponible comme sait si bien l’être l’âne, à condition cependant de bien s’en occuper. En effet, les muletiers sont unanimes sur le fait que le mulet doit travailler régulièrement. Pas question de le laisser traîner au pré pour ne s’en occuper que le jour où toutes les conditions sont réunies (et il en manque toujours une !). Il peut alors « s’ensauvager », devenir exagérément timide voire méfiant, avoir les réactions vives ou violentes du cheval ou comme l’âne, sans prévenir, et tout simplement faire semblant d’avoir oublié tout ce qu’il avait appris ! Le cas échéant, s’énerver ne sert à rien, sauf à le bloquer encore plus…

Il est donc important que quiconque envisage l’acquisition d’un mulet s’informe sérieusement avant, et de préférence se forme, surtout s’il ne connaît le cheval que « de vue ». Hybride dans son corps, le mulet l’est aussi dans sa tête. Ses réactions de cheval peuvent inquiéter quelqu’un habitué seulement à l’âne, et ces mêmes réactions peuvent être dangereuses. Quelqu’un qui connaît le cheval sera désorienté, voire agacé par ses réactions d’âne, il saura souvent anticiper mais pas toujours et risque de se lasser de ne pas arriver apprivoiser cet animal pourtant génial et si attachant.

Texte de Martine Jouclas (l'Ânerie) et photos de Jean-Pierre Bonnet

 

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